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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 15:36

 

Paris, le 7 novembre 2011

 

« Je suis glacée, pourtant la météo a annoncé quatorze degrés.

— Les nuages sont épais, le soleil doit avoir du mal à percer. »

Sonia se tourne vers l’homme à côté d’elle, le regarde avec un petit sourire et devine qu’il est lui aussi gelé. Or,

même avec un froid sibérien, sa promenade quotidienne au bord de la Seine serait faite.

Depuis la découverte de son chien, ce n’est plus le même, il retrouve sa joie de vivre et semble à nouveau heureux.

L'animal qui gambade autour d'eux n'est pas étranger à cette résurrection. Sonia connaît parfaitement

l’histoire de son ami, celui-ci vient de traverser des heures bien sombres. Sa femme l’a quitté pour habiter dans

un pays lointain, ne supportant plus de voir son mari transformé en objet de convoitise pour la gent féminine

évoluant auprès de lui. Ancien mannequin, avec un physique athlétique, des yeux bleus et le teint mat, cette angoisse

de le perdre à tous les instants avait été trop forte.

Face à cette situation, elle avait préféré opter pour une souffrance violente, et volontaire, provoquée rapidement

par un voyage sans retour en Afrique pour offrir son expérience dans un des très nombreux orphelinats ayant

besoin de bénévoles. Sonia est convaincue pourtant que même au péril de sa vie, son ami serait resté fidèle à son

épouse. Depuis, Patrick n’avait aucune nouvelle d’elle. Heureusement ce jeune chien lui apportait de nouveau la

joie de vivre, en ayant un effet bénéfique sur son désespoir.

« Alors tu le gardes ? demanda-t-elle en montrant l’animal.

— Oui, j’ai appelé la SPA, et comme il n’a ni puce ni tatouage, il pourrait être rapidement euthanasié ; en cette

période les places disponibles sont rares.

— Le vétérinaire t’a dit sa race ? Pour moi, il ne ressemble à aucune connue ?

— Il hésite… En tout cas, son nom lui va très bien, même le spécialiste qui l'a ausculté sous tous les angles

est d’accord avec moi. »

Patrick observe son chien avec un regard débordant d’amour.

« Tu lui as donné quel nom ?

— Galilée.

— Tu l'as appelé Galilée ? »

L’air de la jeune femme en dit long sur son incompréhension

: « Comment peut-on appeler un chien Galilée ? »

Patrick la regarde, amusé.

« Parce qu’il ne tourne pas rond, n’écoute rien et n’obéit à aucun ordre, même les plus simples. »

Effectivement, l'animal déborde d’énergie, court après les pigeons, aboie après les passants, vient mordiller le

bas de pantalon de son maître.

Sonia et Patrick se connaissent depuis des années.

D’abord étudiants à l’université, ensuite collègues de travail, amis, puis frère et soeur de coeur, chacun sachant

l’autre présent en cas de coups durs. Et cette relation fraternelle les conduit à faire la promenade quotidienne de

Galilée ensemble. Lui par amour pour son chien et elle dans le but de récupérer la totalité de l’usage de sa jambe.

Il la regarde boitiller et instinctivement ralentit la cadence.

Cela lui rappelle le jour où l’hôpital l’a averti qu'elle se trouvait en soins intensifs après avoir eu un accident dans la rue. Un pickpocket l’avait violemment heurtée, la laissant inconsciente en bas des marches d’un escalier. Depuis elle n’avait de cesse de « fonctionner de nouveau correctement », ne supportant plus cette démarche hésitante et personne ne pouvait la freiner dans sa recherche de la guérison.

Ce soir comme d'habitude, ils flâneraient pour arriver à proximité du pont de l’Alma, observeraient les pieds du Zouave, déterminant ainsi les risques d’inondation. Ils sont tous les deux prêts au pire, dans le cas où la Seine déborderait. Leur appartement respectif serait dans les premières habitations touchées quand cela se passerait. Si cette année le niveau atteignait leur porte, ils feraient comme les autres fois, à savoir un déménagement en urgence, ensuite, une attente interminable le temps pour le fleuve de revenir sagement dans son lit. Grâce à ces promenades quotidiennes, ils pourraient anticiper bien avant d’avoir les pieds des meubles immergés. Ils le devraient à ce jeune animal plein de vie et de vigueur. Par sa fougue, il leur rappelait qu’il est souvent facile d’éviter une catastrophe.

Juste un peu d’énergie, de volonté et de ténacité sont nécessaires pour parvenir à ses fins.

La nuit commence à poser son obscurité sur Paris, les contours de l’eau se perdent doucement dans la brume vaporeuse qui remonte, créant un brouillard léger à sa surface. Instinctivement Sonia ressent le vent glacial, il souffle en brise pourtant délicate et pour le contrer elle se blottit encore plus dans les larges pans de son manteau en regrettant à cet instant d’avoir laissé son écharpe sur sa chaise en quittant son travail.

Galilée ne semble pas gêné par l'humidité qui s’installe progressivement. Bien au contraire, il se montre plus fou, sûrement une manière canine de lutter contre le froid ! Le jeune chien s'amuse avec cette substance étrange et inquiétante, court vers le mur longeant leur chemin, fait un demi-tour en sautillant sur place et repart en jappant vers le bord de la Seine. Il tient la cadence depuis plus de dix minutes et son énergie paraît inépuisable.

Cette matière presque invisible agit sur lui comme un aimant qui attire un objet ferreux et l’entraîne vers elle.

L'animal joue à l’aventurier intrépide, de plus en plus près de l’eau, râlant avec vigueur chaque fois qu’une extrémité de sa patte est un peu mouillée. Galilée ose même effleurer le liquide du bout de sa truffe et ce contact semble très désagréable. Il s’arrête, regarde la surface avec intérêt et grogne presque silencieusement, de façon sourde, comme un roulement de tambour venant du plus profond de sa cage thoracique. Doucement les babines se relèvent, découvrant des crocs d’une blancheur immaculée, dentition magnifique et effrayante.

D’un bond, il se jette dans le fleuve. Sonia et Patrick se précipitent pour le rappeler, il n’écoute rien, la tête sous l’eau, s'agitant dans un jaillissement de gouttelettes.

L’homme hurle, commence à paniquer, essaye de le rattraper alors qu'il se trouve beaucoup trop loin pour une récupération en toute sécurité. Sonia saisit le bras de son ami et tente de faire revenir l’animal par la voix. Rien n’y fait, il refuse d’obéir et continue de se débattre, la gueule toujours immergée. Son maître suffoque pour lui, cesse de respirer comme pour donner son propre oxygène à Galilée. Ses yeux se remplissent de larmes, il le voit mourir devant lui, impuissant à le sauver.

C’est sans compter sur la fougue de Galilée. Malgré son apnée de longue durée, il poursuit sa lutte contre un ennemi invisible qui le retient captif au risque de le noyer.

Patrick le suppose prisonnier d’un fil de pêcheur et pense « c’est fini ». Son compagnon ne peut pas ressortir vivant de ce piège d’une lâcheté incroyable, prenant ses victimes au hasard. Un terrorisme machiavélique, impossible à prévoir et donc à éviter.

Petit à petit, le chien se rapproche de la rive. Encore quelques centimètres et Patrick pourra enfin le libérer de cette emprise sous-marine. Le jeune homme est déjà entré dans le fleuve jusqu’aux cuisses. Sonia tente de les faire revenir tous les deux, les appelant tour à tour avec la même angoisse dans la voix, dans un ultime espoir pour les sauver. Elle ne peut pas imaginer leur mort, et ne cesse entre deux cris de prier Dieu pour qu’il leur donne force et protection.

Galilée est suffisamment près de Patrick. D’un geste rapide, l'homme lui saisit le bout de la queue et tire fermement pour le ramener sur la berge tout en prenant soin de n’être pas, lui aussi, entraîné dans l’eau boueuse et glacée de la Seine.

Sonia se penche pour vérifier si l'animal est toujours vivant, plisse les paupières, scrute longuement et aperçoit un objet dans sa gueule. Elle ne peut croire ce qu’elle discerne sous la surface sombre, cette masse a la forme d’un pied humain. Son esprit refuse catégoriquement cette conclusion, ses yeux nient l’évidence, l’air se bloque dans ses poumons emprisonnant sa respiration. Elle tente de se rassurer en pensant « ce n’est qu’une chaussure ».

C'est sûrement une des nouvelles créations du prêt-à porter qui fait fureur actuellement et reprend pour plus de confort l'aspect d’un pied, les orteils se glissant dans des emplacements prévus à cet effet. Elle la contemple sans pouvoir s'en détacher, comme aspirée par cette chose qui remonte lentement au fur et à mesure que Patrick rapproche le chien de la rive.

Encore quelques mètres, elle sera fixée. Son ami a le teint livide, il a forcément aperçu la même chose sous la surface, elle n’a donc pas rêvé....

 

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Published by Rip de la Louiseraie - dans Mes textes
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